Comment le parti politique pakistanais Tehrik-e-Labbaik instrumentalise-t-il la haine anti-France ?


Depuis septembre 2020, la France et Emmanuel Macron sont devenus la cible du TLP, à l'initiative de manifestations anti-français dans le pays. Le parti réclamait la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Pakistan et le départ de l'ambassadeur Marc Baréty. Suite à la descente de milliers de personnes dans les rues, le gouvernement pakistanais avait accepté le boycott des produits français et la soumission au vote du Parlement l'expulsion de l’ambassadeur, puis s’est retourné contre le TLP en arrêtant son leader, Saad Rizvi.

Le TLP est pourtant un parti très minoritaire au Pakistan, n’ayant remporté que 4% des votes lors des élections de 2018. Ce parti fondé en 2015 est l'un des plus extrêmes partis religieux du pays, défendant la peine de mort pour blasphème et militant pour les assassinats de ceux qui ne respectent pas cette loi, comme celui de Asia Bibi condamnée à mort pour blasphème puis acquittée, alors que le TLP manifestait pour réclamer sa décapitation.


Le TLP, en voulant adresser le problème des inégalités sociales, est devenu populaire chez les jeunes très touchés par la précarité dans ce pays où, selon l’UNESCO, 60 millions de personnes vivent dans une pauvreté extrême. Ce parti a donc un projet électoral, et utilise sa capacité de mobilisation sur des questions religieuses, comme lors des manifestations anti-France, pour peser dans le débat intérieur notamment face au Premier Ministre Imran Khan, qui ne peut adopter une réponse ferme face à un mouvement populaire.


Ce qui apparaît comme une haine anti-française est en réalité un instrument pour le TLP, qui multiplie les manifestations au nom de l’intégrité religieuse, se heurtant de plus en plus aux forces de l’ordre, mais avec une échéance précise en tête: acquérir une image forte et mobiliser une base plus importante pour les élections de 2023.


Auteur: Camiponnthis