Comment le schiste bitumineux en Estonie pourrait compliquer la relation avec la minorité russe?


Les schistes bitumineux sont un enjeux de taille en Estonie où leur exploitation a permis de fournir 72.7% de l’énergie primaire et 75.9% des besoins en électricité en 2018. Cette exploitation permet à l’Estonie de maintenir une forte indépendance énergétique, alors même que nombre de ses voisins (Lettonie, Lituanie) tentent de se défaire de la mainmise russe dans le secteur énergétique de leur pays.


Cependant, l’Union européenne (UE) a depuis près de 20 ans comme objectif de verdir son économie. Face à cette orientation politique de l’UE, à laquelle l’Estonie est très attachée, une réorientation en matière énergétique est nécessaire, ce qui inclut notamment un abandon progressif de l’exploitation des schistes bitumineux. Cette décision, qui a demandé de nombreuses négociations avec les acteurs en cause, a cependant été prise début juin par la compagnie étatique Eesti Energia. Cette dernière a annoncé l’arrêt de leur exploitation pour produire de l’électricité d’ici 2030, des produits dérivés seront toujours faits à base de schiste bitumineux.

Cet arrêt de l’exploitation d’une telle source d’énergie est certes bénéfique pour l’environnement mais a également un très fort impact social et économique. En effet les régions riches en schistes bitumineux se situent dans le nord-est du pays, qui sont également celles où se trouvent les plus importantes minorités russophones. Ces minorités ont depuis longtemps eu du mal à se trouver une place au sein de la société estonienne, ce qui les a conduit à souvent avoir des emplois non qualifiés, comme ceux que l’on trouve dans l’exploitation des schistes bitumineux.


La réorientation énergétique de l’Estonie pourrait donc créer de nouvelles tensions avec ces minorités, dont les relations avec l’Etat ont toujours été conflictuelles. Ainsi, on peut par exemple se demander si la Russie, Etat frontalier de l’Estonie, ne va pas en profiter pour attiser les tensions entre ces minorités et le pouvoir central.


Auteur: Colleen

Rédacteur en chef: Paul G.