Comprendre : De la liberté des anciens et des modernes chez Benjamin Constant


Benjamin Constant est un libéral. Il réfléchit à l’application du concept de souveraineté. Il prononce à l’Athénée en 1819 un discours dans lequel il considère, dans le prolongement de Rousseau, la séparation de l’individu et du citoyen dans l’exercice de la politique. Le point d’ancrage de son développement est l’observation des effets de ce qu’il désigne comme « notre heureuse révolution » (celle de 1789), c’est-à-dire le passage à un gouvernement représentatif, induisant la question de la souveraineté du peuple et de celle de ses représentants. Il présente alors deux formes de liberté : la liberté comme participation au pouvoir politique qu’il désigne comme la liberté des anciens, et la liberté entendue comme indépendance privée par rapport à la vie politique et à l’espace public, désignée comme la liberté des modernes.

En effet, selon Benjamin Constant, la liberté des anciens consiste à « exercer collectivement mais directement plusieurs parties de la souveraineté toute entière, à délibérer sur la place publique […] à voter des lois, à prononcer des jugements » Cette liberté donne ainsi tout au citoyen, et rien à l’individu qui, reconnaissant et souhaitant préserver cette liberté subordonne la sienne propre à l’autorité de l’ensemble.

La liberté des modernes « est pour chacun le droit de n’être soumis qu’aux lois, […] le droit de dire son opinion, […] d’aller de venir sans en demander la permission et sans rendre compte de ses motifs. » Cette revendication de liberté dans l’espace privé résulte d’un sentiment d’impuissance politique que Benjamin Constant justifie ainsi : « l’individu indépendant dans sa vie privée n’est, même dans les Etats les plus libres, souverain qu’en apparence. »

Dès lors, on peut envisager les dangers de la liberté moderne : absorbé par ses désirs et ses intérêts personnels, l’individu ne tient plus sa place de citoyen dans la cité, laissant le pouvoir aux mains d’un seul ou de plusieurs tout-puissants auxquels il a délégué sa souveraineté. Ce pouvoir tout-puissant entendrait se charger du bonheur des individus, en dépit d’une séparation du privé et du public. Constant conclut sur la question du bonheur : « Non, ne laissons pas faire […] Nous nous chargerons d’être heureux. »


41 views