Comprendre : divertissement et servitude chez La Boétie


Et si les bars asservissaient mieux que les armes ?

Le fondateur de l’empire perse, Cyrus le Grand, s'est appuyé sur cette idée surprenante pour conquérir de nouveaux territoires au cours du VIème siècle avant J.-C. Alors qu’il avait terrassé le fameux Crésus en Lydie, et conquis la grande ville de Sardis, les populations s’écroulent contre la lame de son épée. C’est alors qu’on l’avertit que ses braves habitants se soulèvent. Comment alors asservir une ville si importante ?


Le conquérant se refusait à détruire la ville, et ne pouvait pas assurer une présence militaire suffisante. Il y envoya ses hommes pour établir, dans toute la ville, des tavernes, des jeux publics, et des maisons closes. Les habitants s’enivrèrent, tant de boissons, de jeux, et d’autres plaisirs, au point qu’ils abandonnèrent dans l’amusement toute idée de soulèvement politique. « Il se trouva si bien de cette garnison que jamais depuis contre les Lydiens il ne fallut tirer un coup d’épée », conclut Etienne de la Boétie dans Discours de la Servitude Volontaire.


Si l’histoire peut sembler anecdotique, elle illustre parfaitement la perversité de notre désir de divertissement chez Etienne de la Boétie. Selon l’auteur, la quasi-totalité des tyrans a pratiqué cette technique d’asservissement, plus ou moins subtilement. Il prend notamment l’exemple de certains souverains romains : c’est grâce à leur empire que la formule « du pain et des jeux » est née. L’auteur s’insurge alors : le peuple romain s’est fait avoir, génération après génération, par les manipulations faciles de leurs tyrans ! Et, alors que des héros les en délivrent, ils s’en lamentent, vociférant contre leurs libérateurs en regrettant les plaisirs abrutissants que le tyran a emportés avec lui dans la tombe.

A l’heure où les contenus de divertissement connaissent un essor considérable sur les réseaux sociaux, il est vital d’entretenir une activité intellectuelle.


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