Comprendre l’altérité chez Levinas par l’expérience de la caresse.


Soumis à la distanciation physique, mes rapports avec les autres sont transformés. Aux creux des barrières et restrictions, il ressort que le rapport à l’Autre ne dépend pas que de Moi. Je me rends compte que je ne peux pas assimiler le monde et l’Autre de la même manière. Puis-je comprendre pleinement l’Autre ?

Dans Totalité et infini, Levinas répond radicalement. Même si je peux jouir seul du monde et l’assimiler, l’Autre change la donne. Je ne peux pas le faire semblable à moi : dès son apparition il m’inquiète, me force à le considérer. Il est absolument Autre. Le visage révèle au mieux cet effet : chaire nue face à Moi, il affirme l’autre et son infinité, m’empêchant de le réduire au Même.


Prenons un cas concret. Notre vécu du rapport amoureux érotique confirme cette thèse, par l’expérience de ma caresse faite à l’Autre. Pour moi, elle est un geste de tendresse, pas de palpation. La caresse ne se saisit de rien, seulement de ce qui s’échappe, se trouve après elle. Elle s’allonge à l’infini. Elle exprime l’amour ; le désir qui l’anime s’auto-alimente : elle renaît d’elle-même. Elle ne saisit rien de l’Autre mais atteint seulement sa surface, son sacré : la caresse est une profanation.


L’Autre demeure inviolable. La caresse, en touchant à son sacré, son absolue altérité, fait devenir l’Autre plus qu’un étant assimilable. L’Autre est dénudé mais tient sa virginité inaccessible, intouchable. Dans ce rapport extrême de proximité, l’éthique se réaffirme : même amant, je ne peux pas l’assimiler.


La caresse prouve que l’Autre est plus qu’un être du monde, il est au-delà des choses que l’on fait même que soi. Cela ne veut pas dire que l’Autre nous est interdit, mais qu’il conserve sa liberté même lorsqu’il paraît le plus près d’être saisi. Andrée Chédid écrit avec justesse à son Autre : « Ta liberté enfouie/Brûlant ses limites/pour [m]’évaser devant ».

Qu’en pensez-vous ?

Valentin L. @valentindeuxtroisquatre


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