Comprendre l'hyperréalité de Jean Baudrillard


Dans la pensée du philosophe Jean Baudrillard (1929-2007) l'«hyperréalité» est centrale. Selon lui, la culture de masse, véhiculée par les médias et l’industrie du divertissement, a mainmise sur la signification portée à un objet. De plus, la culture de masse a réussi à éroder la partie fonctionnelle et matérielle d’un objet au profit de sa signification. Cela conduit à la formation d’un système de significations existant comme une ‘sur-réalité’ obscurcissant le réel. L'idée est qu'il y a une surpondération de significations derrière l'achat d'un bien qui noie le consommateur dans un fleuve de sens, et floute la valeur fonctionnelle de la marchandise en question. C'est ce qu'il advient lors de l'achat d'une paire de Nike : c'est l'image de la célèbre marque qui oriente le choix de la paire au détriment des matériaux, de la provenance ou parfois du confort. Pour Baudrillard cette hyperréalité n'est pas fausse, il affirme que c'est ce monde hautement symbolique qui a en quelque sorte «remplacé» la matérialité des choses.


La notion d'hyperréalité concerne toute notre vie sociale. «Nous sommes entourés de vagues de fausse spontanéité, de langage personnalisé, d'émotions et de relations personnelles orchestrées» (Baudrillard). Les réseaux sociaux offrent une illustration claire de ces «relations simulées» car le but est d'y montrer une image presque «parfaite» de soi-même, de prendre les meilleurs selfies, de vivre les meilleures expériences, etc. Adita Miranti critique ce phénomène: «les adolescents téléchargent leur meilleure photo sur Instagram pour montrer leur existence dans le monde virtuel, ils essaient de construire la meilleure image possible ». La culture de l'image a donc un impact immense sur nos vies, ainsi le sens mis derrière un bien, ou une personne n'a plus rien de commun avec la matérialité des choses, mais plutôt avec son hyperréalité.


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