Comprendre l’organisation du social par l’image du mouvement des vagues, avec Spinoza


Dans l’Éthique, Spinoza écrit : « Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être. ». Chez l’être humain, ce conatus s’exprime tout autant au niveau de l’esprit et du corps, qui sont deux attributs d’une même substance. L’être humain est régi par trois affects dits « primitifs », desquels tous les autres découlent. Il s’agit de la Joie, la Tristesse ainsi que le Désir.


Cet être humain est perçu comme de facto lié au collectif: il ne peut pas être appréhendé de manière indépendante dans la mesure où, comme le met en évidence Spinoza dans le Traité politique, il existe un « appétit naturel » à se regrouper. De ce fait, les êtres humains forment collectivement l’Imperium, c’est-à- dire le pouvoir de la multitude. Ce concept illustre « une transcendance immanente » du social.


Frédéric Lordon illustre une partie de son fonctionnement avec l’image de la vague d’Hokusai: « C’est bien de la masse liquide, du bas donc, que se forme la vague qui s’élève au-dessus de la masse, et vient, par passage du point de déferlement, la dominer d’en- haut ». Dans un versant ascendant, immanent, ce sont les individus, collectivement, qui forment une multitude comme excédent vis-à-vis de leur somme. Ils sont à l’origine, ils sont le moteur d’un tel groupement. Dans un versant descendant, transcendant, l’Imperium fait face aux individus dont il est composé.


L’Imperium, alors dans un état précis et fixé, est l’objet d’une capture par des Institutions alors transformées. Un état du social est ainsi cristallisé dans des Institutions. Dès lors, le produit des individus leur est renvoyé par la médiation des institutions qu’ils ont participé à créer par leurs affections successives et constitutives. Le droit, en tant qu’il apparaît comme l’opérateur de telles cristallisations, semble être une bonne voie pour l’étude des Institutions créées par l’Imperium.


Rédacteur : Harry

Rédacteur en chef: Valentin Coutel.