Comprendre : La révolte avec Albert Camus


Jamais la révolte ne nous a semblé aussi vive, aussi expressive que ces derniers temps, ces derniers mois, ces dernières années. Elle affleure notre quotidien, nos informations, nos lectures. La révolte questionne, bouscule notre raisonnement, sonde nos engagements, combats et actions. On intuitionne souvent qu'elle peut être mobilisatrice et créative, et on perçoit aussi combien elle peut être destructrice et ravageuse. Allons puiser dans la théorisation de la révolte pour penser nos propres révoltes, pour supporter notre réflexion du raisonnement et de l'entendement.


Convoquons Camus qui a consacré différentes œuvres à cette question : il n'aborde point la révolte sous sa forme métaphysique mais sous son devenir, son expression réelle, son accomplissement. Camus traite de la révolte au regard des questionnements et conflits qui tenaillent son époque, et ils furent nombreux dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale.


Nous sommes parfois pris dans la figure séductrice et romantique de la révolte dont Camus s'attache à nous désillusionner. Il éclaire le danger de la révolte qui s’acte et qui ne supporte que très peu la nuance, qui peut avoir une expression jusqu'au-boutiste, absolutiste ; il dénonce et condamne les idéologies de l'absolu, ces doctrines qui peuvent s'accommoder de la violence et de la terreur ; il nous alerte sur le risque de la dérive totalitaire et autoritaire. Il écrit dans “L'Homme révolté” : « Quand un opprimé prend les armes au nom de la justice, il fait un pas sur la terre de l'injustice ».


En soulignant les travers de la révolte, il finit par faire l'éloge de la nuance, du juste et de la mesure. Nous savons combien cette mesure est difficile à atteindre car cela nous demande de perdre de notre absolu pour arriver au raisonnement, cela nous demande de nous délester d'une part de nos passions pour la pensée. Cela nous demande surtout de faire avec nos contradictions, nos ambivalences, nos doutes, nos incertitudes et « c'est tellement plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre », fait-il dire à Dora dans la pièce “Les justes".


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