Comprendre : Le libre-arbitre chez Leibniz et Spinoza


Pierre angulaire de la liberté et de la perfectibilité rousseauiste, le libre-arbitre est la faculté de se déterminer par des prises de décisions sans influence extérieure. Cela suppose une pleine indétermination de la volonté. L’existence du libre-arbitre n’est cependant pas une évidence dans tous les systèmes philosophiques. Par exemple, Leibniz et Spinoza s’accordent à poser puis récuser deux conditions nécessaires à son existence.


En premier lieu, la différence entre le réel et le possible est fondamentale. En effet, s’il existait une homologie entre les deux, alors tout ce qui est possible serait réel, ce qui impliquerait l’inexistence des possibles en tant que produits de l’imagination créatrice. Et in fine du libre-arbitre !


Or, du point de vue de Leibniz et Spinoza, tous les événements sont déterminés par des chaînes causales en amont, dont l’unique maître est Dieu. Cette « Illusion des possibles » (Leibniz), sorte d’« illusion d’optique morale » comme dirait Nietzsche, serait sous-tendue par la finitude de l’Homme et s’entendrait comme une tentative de revendiquer sa liberté et d’expliquer son ignorance par l’infinité de l’ensemble des possibles. Un ensemble inexistant du point de vue de Dieu, seul maître et connaisseur des fins de toutes les chaînes causales de l’univers. Ainsi Spinoza affirme-t-il : « Les hommes se croient libres parce qu'ils sont [...] ignorants des causes qui les déterminent ».


En découle la seconde condition : la nécessité de devenir soi-même l’origine d’une chaîne causale (spontanéité kantienne). Mais comment devenir le commencement d’une série d’événements lorsque l’on est soi-même la conséquence d’événements antérieurs (de sa propre naissance, par exemple) ? Il s’agit là d’une impasse métaphysique inextricable, si l’on considère Dieu comme l’origine de tout événement.


71 views