Comprendre : « Le meilleur usage que l’on puisse faire de la parole est de se taire », Zhuangzi


Zhuangzi (dit Tchouang Tseu), né vers 369 et mort en 288 avant notre ère, est un philosophe chinois associé au taoïsme dont la pensée inspirera plus tard le bouddhisme Chan. À cette époque, la Chine n’est qu’une mosaïque de petits domaines, juxtaposés les uns aux autres, chacun en quête d’expansion impériale. C’est dans ce contexte conflictuel dit des “Royaumes Combattants” que naît la volonté de retrouver paix, sobriété et unité ; mais dès lors, comment envisager sa condition au sein du monde ?


Zhuang Zi, partisan du “wuwei” (la “non-intervention”), nous dit que le cosmos est une entité à part entière où chaque être prospère à sa place et que les querelles entre humains ne sont que la manifestation de leur nature directive et d’une vision obscurcie par les mots. Selon lui, laisser être le monde sans chercher à le contrôler, c’est renoncer à astreindre les choses à ce qu’elles sont, ce qu’elles devraient être et donc, à les nommer. La parole et le silence jouent un rôle premier dans le regard que nous portons sur l'extérieur. Le sage se présente comme celui qui, en retrait silencieux, écoute le bruit du monde sans y imposer sa propre musique.


Le “dao” (“le cours naturel des choses”) a un projet qui lui est propre, il est le “tout” qui préexiste à tout et que nous manquons par notre frénésie du discours. On ne peut parler et se fondre à la fois dans le moment présent, le silence disparaît et l’on ne peut véritablement écouter sans silence. Savoir écouter est indispensable pour rattraper l’instant afin de faire corps avec lui en toute unité. Ainsi, le sage embrasse la confusion essentielle de la réalité et se libère de toute frustration liée à l’envie et l’attente suscitée par la matérialité.


Rédacteur: Lola O.


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