Comprendre : Quels sont les pouvoirs de l’incertitude ?


L’incertitude des jours futurs a plongé certains dans l’angoisse, tandis que d’autres en ont profité pour se reconnecter à leur conscience présente. On peut donc se demander si l’incertitude est plutôt un frein ou un moteur à l’existence humaine. Il semble que l’incertitude s’apparente à une mer profonde et effrayante, devant laquelle l’homme perd tout contrôle de son avenir, condamné à errer au présent entre les carcasses de projets suspendus ou éventrés et d’espoirs déçus. L’incertitude semble être paralysante, elle contraint l’homme à attendre plutôt qu’à agir et à se réfugier lorsqu’il le peut sur les planches instables de croyances qui le feront chavirer à la moindre vague. Une fois la croyance mise à l’eau, tout recommence.


Sans l’incertitude, la Terre serait sans doute encore au centre de l’Univers et le sang composé d’humeurs. L’incertitude, en détruisant nos projections futures, nous contraint au présent, et c’est cette conscience de l’homme dans son présent qui lui permet de réfléchir. Ainsi, l’incertitude conduisant à la réflexion et au doute est le point de départ de la philosophie. Que ce soit Epictète dans Les Entretiens où la philosophie est présentée comme « la condamnation de la simple opinion et la défiance à son égard ». C’est à cette condition que la philosophie et la réflexion vont ensuite pouvoir se créer, comme le montre Descartes dans Le discours de la méthode.


Enfin, l’indispensabilité de l’incertitude repose en partie dans la libération de la quête de la vérité qu’elle permet. En effet, comme dans le mythe de la caverne de la République de Platon, la recherche de la vérité, offerte par la remise en question des certitudes, permet à l’homme de se libérer de sa condition d’esclave sensoriel pour devenir libre et conscient, d’atteindre enfin la vérité absolue. Quand bien même cette dernière ne serait qu’un mirage, l’homme se sera déjà libéré et, confronté à l’absurdité de sa vie sans vérité, il ne pourra que se révolter. Par conséquent, l’incertitude semble être pour l’homme un vecteur subordonné à l’idéal de véracité, de progrès, et de liberté.


Auteur: Mathilde Gravet

Rédactrice en chef: Margot Leblond