Coronavirus : peut-on donner notre avis sur tout et n’importe quoi ?


Au début du confinement, le physicien et philosophe des sciences Étienne Klein publia « Je ne suis pas médecin, mais je… », un essai dans lequel il condamne notamment ceux qui donnent leur avis sur une question scientifique, alors qu’eux-mêmes se déclarent incompétents en la matière.


En effet, en cette période de coronavirus, nombre de politiques, journalistes mais aussi simples citoyens semblent affirmer qu’ils détiennent les clés pour résoudre la crise, ou du moins, se permettent de juger les politiques sanitaires mises en place. Nous vivons en démocratie et par conséquent, chacun peut légitimement donner son avis sur de telles questions, mais cela devient problématique lorsque des opinions sont affirmées sans l’esquisse d’un moindre doute. D’une part, cela contribue à la propagation de « fake news », d’autre part cela revient à mépriser celles et ceux qui sont réellement compétents : médecins, virologues ou encore fonctionnaires du ministère de la santé.

Les raisons d’une telle démarche sont multiples : d’abord, tout le monde est concerné par la crise, et bien souvent fâcheusement, d’où une forte tentation de critiquer virulemment les politiques telles que le confinement ou le couvre-feu, encore plus lorsque le gouvernement se contredit d’un mois à l’autre (port du masque en France). De plus, l’effet Dunning-Kruger, un biais cognitif selon lequel les personnes les moins qualifiées dans un domaine surestiment leurs compétences, tendrait à accentuer le phénomène.

Il s’agit donc de débattre raisonnablement des décisions adoptées par les gouvernants, qui rappelons le, ont été élus démocratiquement et sont entourés d’experts. Il est tout à fait légitime de critiquer telle ou telle mesure, à condition de rappeler que notre savoir est borné d’incertitudes sur bien des questions d’ordre sanitaire. Enfin, ne serait-il pas plus commode de moins parler de coronavirus, alors que les journalistes rappellent chaque jour les chiffres, nombres de morts, nouveaux cas, dans une ambiance toujours plus anxiogène et en proie à la dictature du « sanitairement correct » (André Comte-Sponville) ?


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