Débat : Faudrait-il rémunérer le don du sang/d’organes ?



Le don serait un acte gratuit, généreux et altruiste, qui n'amène aucune contrepartie. Les analyses de l’anthropologue Marcel Mauss, dans son Essai sur le don (1923), ont remis en perspective cette idée : tout don est toujours inscrit dans des logiques sociales, appelant au contre-don, nuançant alors l’existence d’un pur altruisme. Dès lors, certains jugent souhaitable la rémunération du don.


Une multiplicité d’arguments existent dans cette perspective : par exemple, certains avancent le fait qu’aux Etats-Unis ou en Allemagne, rémunérer le don du sang a permis l’augmentation des dons, et ainsi de sauver plus de vies. D’autre part, le corps peut être posé comme propriété toute entière de l’individu, lui seul pouvant décider de le céder ou non, selon la contrepartie qu’il souhaite.


Face à ces arguments, d’autres soulignent l’impossibilité ou le désavantage d’une telle rémunération. Au plan juridique, le corps humain est par principe inviolable, incessible et indisponible, sauf dans le cas précis d’un don pour sauver une autre personne, sans contrepartie. Au plan économique, des analyses montrent le désavantage de cette rémunération : le chercheur en sciences sociales Richard Titmuss montrait ainsi dans The Gift Relationship que l’introduction d’une petite rémunération du don du sang faisait baisser la quantité de dons, parce que les motivations extrinsèques (la rémunération) semblaient effacer la valeur des motivations intrinsèques (vouloir être généreux). Au plan éthique, introduire la marchandisation du corps, supposerait par exemple que certaines personnes se sentent forcées à donner un organe, ne disposant pas de ressources monétaires suffisantes.


Alors, cette question semble conduire à celle de savoir jusqu’à quel point notre corps nous appartient. Question irrésolue, promise à un bel avenir, avec les avancées par exemple du transhumanisme.

Auteur: Basile D. ; @basile_dfx Rédacteur en chef: Marine PVN.