Dans l'est de la RDC, le Sud-Kivu s'échauffe à son tour


Depuis fin mars, la situation dans les montagnes des Hauts plateaux "s'est dégradée", constate pour l'AFP Pierre Boisselet, coordonnateur de l'organisation Kivu security tracker (KST), qui tient un "baromètre sécuritaire" des incidents violents dans tout l'est congolais. Dominant majestueusement le lac Tanganyika et le Burundi voisin, les montagnes verdoyantes des Hauts plateaux sont depuis trois décennies un des points chauds de l'est de la RDC. Les conflits y sont récurrents entre groupes armés issus des communautés locales Babembe, Banyindu, Bafulero et Banyamulenge. La question est politiquement ultra-sensible, et le nom des Banyamulenge reste bien souvent associé dans l'esprit des Congolais aux évènements tragiques qui ont plongé tout le pays dans le chaos, onde de choc du génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda. Des Banyamulenge ont en effet pris part à la rébellion du FPR de Paul Kagame, puis aux rébellions soutenues par Kigali, l'AFDL de Laurent-Désiré Kabila et le RCD dans les années 2000. En riposte, des groupes armés Maï-Maï issus d'autres communautés ont pris les armes, s'en prenant aux civils banyamulenge, plongeant la région dans le cycle infernal des violences, entrecoupées de quelques répits. Depuis 2018, la situation s'est à nouveau dégradée et "serait liée à une incursion d'hommes armés en provenance du Burundi en mars, (...) des rebelles burundais Red-tabara alliés à des Maï-Maï", selon KST. Près de 122 groupes armés sévissent aujourd'hui dans tout l'est congolais. Pour tenter de juguler leurs tueries, le président Félix Tshisekedi a proclamé le 6 mai l'état de siège au Nord-Kivu et dans l'Ituri voisin. L'état de siège pourrait cependant "entraîner la fuite des groupes armés et autres criminels vers les territoires voisins du Sud-Kivu", s'inquiète déjà l'un des rapports d’une ONG internationale.


AFP