Dans une société de l'inceste "généralisé", une magistrate contre les "silences de la loi"


Juge des enfants puis, entre autres, juge d'instruction pendant trente-six ans, Marie-Pierre Porchy a combattu l'effroyable banalité de l'inceste durant toute sa carrière et relevé son traitement insuffisant au sein de l'institution judiciaire. Dans son livre "Les Silences de la loi" (Fayard), paru en 2003 mais réédité en mars après les révélations de l'affaire Olivier Duhamel, elle pointe les insuffisances du droit et des institutions pour protéger l'enfant d'une société où l'inceste, est selon elle "généralisé". Au poste de juge d'instruction, elle comprend rapidement que ce fléau touche tous les milieux et surtout qu'elle peut "être une vraie valeur ajoutée dans ces dossiers-là". Puis il y a 20 ans, explose le fiasco de l'affaire Outreau qui hante encore la magistrature. "On dit souvent, c'est la parole de l'un contre la parole de l'autre. C'est faux, si l'enquête a été bien faite, il y a des tas de choses que l'on peut faire, des vérifications, des expertises", martèle-t-elle. Y compris pour y discerner une éventuelle manipulation. La clé de la délicate prise en charge de la parole des victimes d'inceste, repose selon la magistrate spécialiste, sur un élément simple: sortir la victime de sa culpabilité, en évacuant, une fois les faits établis, la question de son "non-consentement". "La loi nous oblige encore à poser cette question à l'enfant: en quoi as-tu été contraint? Pourquoi tu n'as pas pu dire non ? Mais l'enfant n'a rien à expliquer, sa qualité d'enfant ne lui permet pas ça. C'est une aberration", dénonce-t-elle. Une modification de la loi en ce sens, soutenue par l'exécutif et déjà adoptée le 18 février par les députés de l'Assemblée nationale, sera examinée le 15 mars prochain en première lecture au Sénat. Elle devrait fixer un seuil d'âge renforçant l'interdit des relations sexuelles entre un adulte et un mineur de moins de 15 ans.


Reuters/AFP


8 views