De la tolérance chez John Locke, réflexion sur les relations entre les croyances et le pouvoir.


John Locke, philosophe anglais du dix-septième siècle, vit dans une époque qui voit s’achever les guerres de religion. Ainsi, ses deux écrits sur la tolérance, L’Essai sur la tolérance de 1667 et la Lettre sur la tolérance de 1686, ne peuvent être dissociés d’un contexte d’écriture où s’opère un profond renouvellement des relations entre les champs politique et religieux. Ses deux écrits fournissent une double réflexion sur la nature de la croyance et sur la nature du pouvoir.


La première thèse concernant la croyance est la suivante : nos pensées ne sont pas en notre pouvoir, tout comme la croyance ne relève pas de la volonté ; de plus, en matière de religion, la sincérité seule compte, la fameuse phrase « Dieu reconnaîtra les siens » est éloquente sur le sujet. Par conséquent, puisque la croyance ne relève pas de la volonté, nul pouvoir extérieur ne peut l’infléchir. La tolérance semble alors s’imposer, elle consiste à composer avec les croyances d’autrui tant que celles-ci ne nuisent pas.


Dans ce contexte, comment envisager l’articulation entre les croyances et la vie politique ?

Locke établit en la matière le principe de réciprocité : il table sur une séparation stricte induisant une situation symétrique de non-ingérence. Le pouvoir ne peut ordonner à la religion puisque nul ne peut être contraint de croire malgré soi, et pour cause, la croyance religieuse qui ne serait pas sincère manquerait son objet. De la même manière que l’Etat ne peut intervenir sur les croyances, les Eglises, comme institutions volontaires qui recherchent le salut de ses membres ne peuvent agir en matière politique car ce n’est pas leur objet. Il convient tout de même de souligner que l’Etat peut et doit intervenir dès lors que les croyances nuisent à l’intégrité des personnes ou des biens qu’il protège par sa fonction.


Camille D.


99 views