Derrière la trêve Airbus-Boeing, un rival commun: la Chine


Le duopole Airbus-Boeing devra-t-il faire de la place au nouveau venu Comac? La montée en puissance de la Chine dans le très stratégique secteur aéronautique, dont elle représente le premier marché mondial, conduit Européens et Américains à serrer les rangs.Les Etats-Unis et l'Union européenne ont suspendu mardi pour cinq ans les droits de douane punitifs qu'ils s'infligent dans le cadre du vieux conflit qui les oppose sur les aides publiques à leurs avionneurs. Selon le président américain Joe Biden, il s'agit de "travailler ensemble pour contester et contrer les pratiques non commerciales de la Chine dans le secteur (aéronautique), qui donnent aux entreprises chinoises un avantage déloyal". Après quatre ans d'essais en vol, Comac compte obtenir cette année la certification en Chine du C919, à temps pour commémorer le centenaire de la création du Parti communiste chinois. Pour Richard Aboulafia, expert aéronautique pour Teal Group, "le vrai problème est que la Chine manipule le marché en jouant Airbus et Boeing l'un contre l'autre et conditionne ses commandes à des transferts de technologie". Le trafic aérien chinois, qui a explosé et a récupéré plus rapidement que les autres régions de la crise sanitaire, est appelé à se renforcer encore. Si Pékin ne peut se passer ni de Boeing ni d'Airbus pour l'instant, il entend à terme être maître de sa destinée. "Les Chinois ont l'ambition, ils sont très raisonnables, ils savent que ça prend du temps", affirmet-il à l'AFP: "ce n'est pas en 2025 qu'ils souhaitent en découdre avec Airbus et Boeing". Le C919 est tributaire de la coopération avec les industriels européens et américains: sur les 82 principaux équipementiers de l'appareil, 14 sont chinois, dont sept sont des co-entreprises avec une société étrangère, recense M. Kennedy. Comac "va progressivement devenir un acteur digne de ce nom", a récemment estimé le président du constructeur européen Guillaume Faury. "Nous passerons donc probablement d'un duopole à un +triopole, au moins sur les monocouloirs, d'ici la fin de la décennie".


AFP