Discuter, est-ce renoncer à la violence ?


Le rapport à la parole et à la discussion est souvent perçu comme l’alternative idéale à la violence. On pense souvent à des grandes figures de la non-violence, comme Gandhi qui prônait la suprématie des mots sur la violence physique pour arriver aux mêmes fins, ici politiques. Ainsi, les mots semblent offrir une alternative à la violence du corps. Cependant, la discussion peut être féroce et un simple mot blesse parfois plus longuement que les coups dont les marques s’effacent.


Si, selon Levinas, la rencontre d'autrui a lieu dans la parole, et le premier sens de la parole d'autrui est "Tu ne tueras point" alors, dès lors que l’individu se confronte à parole d’autrui, la discussion devrait entraîner la suppression du procédé de violence. Ainsi, autrui demande le renoncement de la violence, ordonne la cessation de cette violence pour permettre d’agir avec éthique. Cependant, il arrive souvent que l’individu refuse de renoncer, usant des mots comme de coups violents et sanglants. C’est le cas d’Antigone, dont les discours les plus virulents l'entraînent à la mort, la discussion aura ici amené la violence ultime de la mort.


Finalement, face à cette question du renoncement de la violence par la discussion, on peut soutenir que la discussion, plutôt que de faire disparaître cette violence lui offre un moyen d’expression et la canalise pour que cette dernière devienne motrice plutôt que destructrice. C’est ainsi ce que théorise Freud dans son Introduction à la psychanalyse. Le psychanalyste va essayer de faire entrer dans la conscience de son patient les pulsions refoulées de l’inconscient pour ainsi détruire leur pouvoir violent. En outre, la pensée sera encore violente, mais cette violence sera consciente et canalisée.


Auteur: Mathilde Grvt