En Irak, la visite papale pourrait être un succès éphémère


En organisant la première visite papale de son histoire, l'Irak a fait un pari diplomatique et sécuritaire qu'il espère désormais transformer en gains politiques et économiques. Mais pour les experts, le succès pourrait être éphémère tant les défis sont énormes. Car l'Irak revient de loin. Il y a encore trois ans, il était sous les projecteurs de l'une des guerres modernes les plus violentes, celle menée contre le groupe État islamique (EI) qui s'était emparé en 2014 d'un tiers de son territoire.


En recevant le pape, Bagdad a voulu montrer que la sécurité était de nouveau assurée dans un pays dont certains prédisaient l'effondrement total en 2014. L'Irak a également cherché à insister sur la "coexistence" entre ses multiples confessions et ethnies, dont certaines sont devenues tristement célèbres avec les exactions menées contre elles par les jihadistes ou au cours de la sanglante guerre civile des années 2000.


Dans ses discours cette semaine, le pape a dénoncé la "corruption" endémique en Irak, appelé à ce que cessent les interférences étrangères dans un pays pris en étau entre États-Unis et Iran. Pour le politologue irakien Oussama al-Saïdi, maintenant que le monde a pris conscience "de l'héritage culturel et pluri-religieux du pays", "les politiciens vont devoir être à la hauteur".


Néanmoins, les Irakiens continuent à n'avoir que quelques heures d'électricité par jour et, souvent, des crises sanitaires autour de la question vitale de l'eau. Sans compter les hôpitaux, incapables de faire face à la pandémie de coronavirus qui a déjà tué plus de 13 000 Irakiens. D’autant qu’encore aujourd'hui, comme le note Sajad Jiyad la Century Foundation, "des responsables communautaires attisent des tensions ethniques, l'Iran interfère dans les affaires irakiennes et il y a des problèmes avec des groupes paramilitaires", légion dans le pays où l'EI a toujours des cellules et l'Iran des alliés armés.


Reuters/AFP