Féminicides: les débuts poussifs des bracelets anti-rapprochement


Grâce à ce boîtier, des femmes peuvent enfin vivre sans avoir la peur au ventre. Certaines l'ont pourtant rendu, le jugeant trop contraignant. Six mois après leur lancement, les bracelets anti-rapprochement peinent à trouver leur place dans l'arsenal judiciaire déployé contre les hommes violents. Depuis quelques semaines, Jeanne (prénom modifié) ne sort plus de chez elle sans cette sorte de gros téléphone qui permet aux autorités de s'assurer que son ex-conjoint ne s'approche pas d'elle. Son conjoint est interpellé, jugé et condamné au port du bracelet anti-rapprochement (BAR). Comme lui, 37 autres hommes le portent aujourd'hui à la cheville. Ce dispositif, qui a fait ses preuves en Espagne, a été déployé dans quelques juridictions "pilote" en octobre, avant d'être étendu à toute la France deux mois plus tard pour tenter d'enrayer la progression des féminicides (90 en 2020, après 146 en 2019). Son principe repose sur la géolocalisation de la femme et de son ex-conjoint violent. S'il franchit une "zone de pré-alerte" (1 à 10 km), l'homme est appelé par un opérateur qui lui somme de s'éloigner. S'il persiste et entre "dans la zone d'alerte", un opérateur demande alors à la femme de se mettre en sécurité pendant que les forces de l'ordre interviennent. Selon la Chancellerie, 62 bracelets ont déjà été "prescrits", dont une trentaine dans le cadre d'un contrôle judiciaire avant un procès. Une dizaine doivent être posés pour aménager une sortie de prison. Dans la juridiction de Pontoise, qui réclamait depuis des années d'expérimenter ce dispositif, les cinq bracelets posés ont déjà tous été restitués. L'un parce que la victime a déménagé à l'étranger. Les autres car les femmes "ont expliqué qu'elles ne se sentaient plus en danger" ou "trouvaient que ça sonnait trop", explique le procureur Eric Corbaux. Les autorités se doutaient bien que les 1.000 bracelets dont elles disposent ne trouveraient pas immédiatement preneurs mais le faible nombre déjà distribué suggère qu'il ne fait pas non p