Faut-il privilégier le désir ou la tempérance ?


Depuis l’Antiquité, la philosophie prône la tempérance et met en opposition le désir et la sagesse. Dans le Gorgias, Platon développe sa vision pessimiste du désir. Conformément à l’image du tonneau percé, la recherche du plaisir est nécessairement sans fin. La tempérance des désirs est également préconisée par Aristote, jusqu’à sa suppression complète avec le stoïcisme, puisque synonyme de souffrance. Selon la tradition philosophique, la figure du sage est conforme à une vie sobre et dénuée des plaisirs associés aux troubles de l’âme et du corps.

Pourtant, avec l’image du tonneau percé, Platon met en scène le discours de Calliclès selon qui le désir est justement synonyme de vie. Le désir correspond à une mise en mouvement de l’homme et à une recherche de progrès. Ainsi, plus nos désirs sont grands, plus nous serions heureux.


Epicure s’inscrit également en rupture avec la tradition. Dans sa Lettre à Ménécée, il prescrit un calcul raisonnable des plaisirs. Il ne convient pas d’assouvir chacune de ses envies mais de se borner aux plaisirs nécessaires et naturels. A contrario, les désirs vains, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas pour objet quelque chose de réel et définis comme le désir d’honneur ou de richesse doivent être écartés pour atteindre l’ataraxie, soit l’absence de troubles. Ainsi, si Epicure propose pour la première fois une vision positive du désir, il ne vante pas pour autant un hédonisme effréné. « Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse ». Enfin, Nietzsche adopte une position proche de celle de Calliclès selon laquelle le désir est l’expression de la vie et de la volonté de puissance. De ce fait, ceux qui condamnent le désir sont considérés comme faibles puisque incapables de les réaliser. La philosophie ou la religion serait alors un moyen de domestiquer l’homme et l’empêcher de réaliser ses désirs.


Auteur: Lou-Anne C

Rédactrice en chef: Gwladys N.