L’échec peut-il nous être bénéfique ?


Pour le sens commun, en particulier dans la tradition française, l’échec est une notion largement connotée négativement, Descartes l’attribuant par exemple à un mauvais usage de notre volonté. La personne qui échoue porte le stigmate de l’insuccès de son entreprise comme la marque de l’insuffisance de ses qualités morales ou intellectuelles. Pourtant, il est intéressant de pointer les aspects bénéfiques de l’échec, ainsi que le fait le philosophe Charles Pépin dans Les vertus de l’échec (2016), en particulier dans nos processus d’apprentissage et de compréhension du monde. Dans le monde anglo-saxon, l’échec est beaucoup plus valorisé car porteur d’expériences et d’enseignements : apprendre à se connaître, ne pas reproduire les mêmes erreurs. C. Pépin rapporte même qu’aux Etats-Unis, un entrepreneur a plus de chances de se voir accorder un prêt s’il a déjà échoué auparavant, car il ne refera pas les mêmes erreurs. D’autre part, l’échec est nécessaire pour comprendre le fonctionnement opaque de notre monde, inaccessible à nos intuitions premières. Ainsi que le rappelait Gaston Bachelard, « La vérité n’est jamais qu’une erreur rectifiée ». L’erreur joue un rôle moteur dans la connaissance : ainsi, une grande série d’expériences réussies ne prouve pas leur vérité, quand un seul échec prouve que c’est faux. Avant d’inventer l’ampoule électrique, Thomas Edison a échoué des milliers de fois. Mais selon C. Pépin, celui-ci concevait l’échec comme une réussite : à chaque fois il réussissait à essayer, jusqu’au jour où il trouva enfin la solution. Bien sûr, il ne s’agit pas non plus de souhaiter à tout prix l’échec : il s’agit de l’appréhender avec intelligence et de le relativiser pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. Ainsi que le rappelaient les Anciens, « l’erreur est humaine, la reproduire est diabolique ».


Auteur: Basile Dfx

Rédacteur en chef: Anouck L