L’être est-il proprement inscrit dans une historicité ?


Avec la naissance de la philosophie contemporaine une question est à nouveau posée : l’être est-il essentiellement naturel ? Doit-on considérer l’être comme étant un objet de la nature ? En effet, déjà à l’époque moderne la philosophie répondait négativement à ce questionnement. On peut le voir par exemple dans l’effort de Descartes d’éloigner l’être de l’animal qui n’est présenté que comme une machine. Mais c’est alors le critère de réponse qui change avec l’avènement de la philosophie contemporaine. En effet, là où Descartes affirmait la supériorité de la raison, les philosophes contemporains (de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle) affirmait que l’homme était avant tout un être présent dans une temporalité, un être historicisé.


Ainsi, la question est traitée différemment : à l'ère moderne on cherche à préserver l’homme de la causalité naturelle pour faire de lui un être libre, surplombant la nature. Dans la philosophie contemporaine, on ne cherche plus à préserver l’être, mais on essaie de comprendre sa manière d’agir : agit-il selon un instinct et si oui cet instinct est-il un instinct naturel ou culturel ? C’est avec Nietzsche que l’instinct était premièrement coupé de la naturalité pour devenir une notion morale et historicisée. Mais alors il faut voir que l’individu n’a plus rien de naturel, il est un être appartenant à une époque, à un temps, qui le conditionne dans sa manière d’être et même dans sa manière de percevoir le monde.


C’est ce que semble développer Heidegger dans Etre et temps avec son concept d’actualitat, historicité. En effet l’homme chez Heidegger n’est pas défini selon une essence, mais comme dans l’ensemble de la phénoménologique, selon une manière d’apparaître et d’être au monde. Cette manière d’être au monde correspond à l’historicité, à ce qui fait qu’un être est au présent. Ainsi, un homme du XXIe siècle ne verra pas le château fort de la même manière que celui vivant au Moyen-Age : le mode perceptif de l’être a changé du fait de son historicité. L’être au monde prend donc une tournure tout à fait historique et change selon les différentes époques. L’être semble donc être conditionné par son appartenance à une époque. Mais alors, si l’être est conditionné par son historicité, nous pouvons nous demander s’il y a encore une liberté humaine, celle-ci étant remise en cause par l’impossibilité même pour notre pensée à nous détacher de notre époque.

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