L’art a-t-il nécessairement besoin d’une interprétation ?



Kant nous démontre au travers de l’expérience du beau qu’il existerait un lien indispensable entre art et interprétation. En effet, lorsque nous trouvons une chose belle, nous éprouvons en nous un plaisir désintéressé. Il s’agit d’un plaisir de belles formes, qui ne renvoie à aucun concept précis. Cette idée sans concept est appelée « Idée esthétique » : une représentation de l’imagination « qui nous donne beaucoup à penser », et suscitant alors d’innombrables interprétations. Dans ce sens, le critique d’art Danto irait même jusqu’à dire que ce serait nécessairement à partir de l’interprétation que l’œuvre d’art est.


Néanmoins, cette nécessité de l’interprétation dans l’art fut rejetée par le philosophe Shusterman. Selon lui, nous pouvons en effet comprendre immédiatement ce qu’est l’art avant toute interprétation. Il sépare ainsi la compréhension de l’interprétation. En lisant par exemple un livre, nous pourrions avoir un « mode de lecture ordinaire, non réfléchi », autrement dit sans déterminer ou imaginer une interprétation dans l’œuvre. C’est ce qu’il appelle l’art « sous-l’interprétation ».


Mais au contraire, le néo-kantien Cassirer, dans “L’essai sur l’Homme”, affirmerait qu’il s’agit là de la propre interprétation de Shusterman qui dissocie l’expérience sensible de l’interprétation. Effectivement, pour Cassirer, l’art est une forme symbolique permettant de nous représenter la réalité aux moyens de nos intuitions. Toute expérience – dont celle de l’art – possède une structure symbolique qui joint nécessairement une signification à une expérience sensible. L’homme serait alors un animal « symbolique », rendant impossible pour lui de dissocier sa compréhension du monde de son interprétation.

Ainsi, Cassirer définit l’art comme l’un des moyens d’interpréter notre monde, ce qui ferait de l’interprétation une nécessité pour donner à l’art son existence objective.


Jason Lopes

35 views