L’aura-t-on bien mérité ?


En se technocratisant, la politique a manipulé le sens des mots, à l’instar du mérite. Selon le philosophe Yves Michaud, il serait en effet passé du statut de qualité morale judéo-chrétienne à celui de “réussite individuelle égoïste”. Le.a méritant.e ne l’est donc plus aux yeux de la chose publique, mais bien d’une conception mercantile du monde qui fait de l’humain un outil efficace. Ainsi, le self-made man constitue l’idéal méritocratique et fait de l’ombre républicain du.de la citoyen.ne vertueux.se. Pour réussir à l’ère néolibérale, renoncer à sa vertu est entendable, tandis que mériter est stratégique. Or, pour le philosophe Dominique Girardot, le mérite ne relève pas du calcul, mais du don. Il serait donc une façon indiscutable de classifier les individus. Cependant, cela encourage des phénomènes de reproduction sociale qui rendent l’égalité des chances illusoire. Notamment dans des cursus sélectifs, 50% des étudiants sont issus de parents cadres.


Est donc questionnée l’égalité sur laquelle reposent nos sociétés démocratiques. Bien que la Justice tente d’attribuer des peines adaptées à chaque situation, Yves Michaud estime qu’égalité et mérite ne peuvent concorder. Selon lui, ce dernier répond à une analyse contextuelle, donc équitable, opposée à l’idée d’une égalité universelle devant la loi.


La définition proposée par Ralws nous invite finalement à le considérer comme un capital pris dans la toile sociale. Dès lors, force est de constater que le mérite est hautement réversible et profondément lié aux standards sociaux. Parce qu’il nous permet de raisonner succès et échecs, c’est bien qu’il est un outil politique et malléable. Si la société produit des jauges collectives qui nous permettent de cohabiter, il revient donc à chacun.e de définir sa propre réussite.


Rédactrice: Jade AG

Rédacteur en chef: Margot L.