L’idéal méritocratique français en 2021 : peut-on continuer d’y croire ?


La méritocratie est souvent définie comme un système dans lequel le mérite détermine la hiérarchie sociale. Pour David Guilbaud, elle « est un principe de légitimation puissant pour les catégories sociales dominantes, qui peuvent proclamer qu’elles ont mérité leur sort ». Pour d’autres, c’est le mode d’organisation des rapports sociaux le plus juste car il place le mérite individuel au sommet de la pyramide des valeurs. Ainsi, au vu des acquis des sciences sociales, est-ce raisonnable de défendre un modèle méritocratique en France et en 2021 ? En 2014, en France, 47,6% des ouvriers ont un père ouvrier et 47% des cadres supérieurs ont un père qui l’est aussi. Or, seulement 9,4% des cadres supérieurs ont un père ouvrier et 10% pour la réciproque. Autrement dit, un enfant de cadre supérieur à cinq fois plus de chance de le devenir à son tour par rapport à un fils d’ouvrier. La méritocratie ne prend donc pas en compte les inégalités sociales, culturelles et sexuelles subies par les personnes défavorisées. L’Observatoire des inégalités indique dans un article du 24 janvier 2019 que « l’égalité des chances, proclamée de façon répétée par la République, reste donc une fiction », mais tempère en disant que « l’ascenseur social n’est pas bloqué » : « il s’élève plus lentement qu’auparavant du fait du ralentissement des créations d’emplois ». Le rapport Blanchard-Tirole propose, entre autres, pour lutter contre les inégalités économiques et sociales, de mieux coordonner les activités de Pôle emploi avec les nécessités des entreprises ; de mettre la technologie au service des emplois peu qualifiés plutôt que la substituer ; de restreindre les possibilités de délocalisation ; de moins taxer les héritages mais de mieux en attribuer les recettes au profit des plus défavorisés ; de mieux taxer plutôt que de plus taxer via une taxation minimum des multinationales ; enfin, d’investir davantage dans les politiques d'éducation.


Auteur: Robin Vignello

Rédacteur en chef: Gildas S.


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