L’instinct est il animal ?


L’instinct est souvent défini comme une réaction animale, dans le sens où celle-ci serait faite sans réflexion, sans raison, seulement par réaction à une situation, si bien que l’on parle de réaction instinctive pour l’opposer à réaction réfléchie. Pourtant, l’instinct peut être défini autrement et c’est là un passage clef dans la philosophie nietzschéenne dont la grande ambition est de construire un « nouvel instinct ». Cette ambition Nietzsche la développe dans Aurore mais on peut également la lire voir dans L’Antéchrist.


Il semble pourtant problématique de militer pour la construction ou le développement d’un « nouvel instinct » si l’on juge l’instinct comme naturel, comme l’esprit animal. En effet, si l’instinct était animal celui-ci devrait rester le même toujours. Or pour Nietzsche l’instinct doit prendre un tout autre sens et semble être avant tout moral et donc historicisé. En fait, Nietzsche semble partir du fait que nous avons des réactions morales instinctives, or il refuse de penser la morale comme quelque chose de naturel que l’on trouverait dans la nature de l’homme. Pour Nietzsche tout jugement de valeur devient un instinct. Une valeur est une préférence durable, hypostasiée et donc devenue instinctive. Il y aurait donc une cristallisation des jugements de valeurs qui ferait que ceux-ci deviennent des instincts moraux. L’instinct chez Nietzsche n’est donc pas naturel, bien au contraire, il est avant tout moral et donc historique.