L’instinct est il animal ?


L’instinct est souvent défini comme une réaction animale, dans le sens où celle-ci serait faite sans réflexion, sans raison, seulement par réaction à une situation, si bien que l’on parle de réaction instinctive pour l’opposer à réaction réfléchie. Pourtant, l’instinct peut être défini autrement et c’est là un passage clef dans la philosophie nietzschéenne dont la grande ambition est de construire un « nouvel instinct ». Cette ambition Nietzsche la développe dans Aurore mais on peut également la lire voir dans L’Antéchrist.


Il semble pourtant problématique de militer pour la construction ou le développement d’un « nouvel instinct » si l’on juge l’instinct comme naturel, comme l’esprit animal. En effet, si l’instinct était animal celui-ci devrait rester le même toujours. Or pour Nietzsche l’instinct doit prendre un tout autre sens et semble être avant tout moral et donc historicisé. En fait, Nietzsche semble partir du fait que nous avons des réactions morales instinctives, or il refuse de penser la morale comme quelque chose de naturel que l’on trouverait dans la nature de l’homme. Pour Nietzsche tout jugement de valeur devient un instinct. Une valeur est une préférence durable, hypostasiée et donc devenue instinctive. Il y aurait donc une cristallisation des jugements de valeurs qui ferait que ceux-ci deviennent des instincts moraux. L’instinct chez Nietzsche n’est donc pas naturel, bien au contraire, il est avant tout moral et donc historique.


Ainsi, notamment dans L’antéchrist Nietzsche affirme que la chrétienté est encore très présente chez tous, même ceux qui ne sont pas chrétiens. En effet la chrétienté correspond à un instinct moral que chacun aurait intériorisé et fait sienne. St Paul est donc vu par Nietzsche comme celui qui a changé l’instinct des forts (ceux qui vivent en profitant de leur puissance) en installant la morale chrétienne basée sur la pitié et donc en culpabilisant les forts de leur force. L’Eglise est donc critiquée par Nietzsche comme étant ce qui matérialise un jugement de valeur particulier (celui des faibles) pour en faire un instinct. Ainsi il faut retenir que l’instinct chez Nietzsche ne correspond pas à un donné naturel, mais c’est ce qui est constitué par dépôt organique de jugements de valeurs. Nietzsche en se posant comme l’Antéchrist se propose donc de changer l’instinct pour en produire un nouveau, respectant cette fois-ci la volonté de puissance. Mais alors, si l’instinct n’est pas naturel, il faut se demander si l’homme a quelque chose de naturel ou s’il n’est pas tout simplement essentiellement historique.


Alquier Romain

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