La Centrafrique a voté sous la menace des rebelles


L'explosion de violence redoutée jusque dans la population de la capitale et promise par les rebelles qui avaient juré il y a neuf jours de "marcher sur Bangui" pour empêcher la tenue des scrutins, n'a cependant pas eu lieu. Depuis quelques jours, ils avaient été finalement tenus à distance de la capitale de ce pays parmi les plus pauvres au monde, en guerre civile depuis huit ans. S'ils ont pu être stoppés encore loin de Bangui, c'est cependant grâce au renfort ces derniers jours de centaines de paramilitaires russes, soldats rwandais et Casques bleus de la force de maintien de la paix de la Mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca). Un satisfecit contesté par les experts et des observateurs étrangers dépêchés pour surveiller le scrutin. Bangui est restée calme alors que les habitants redoutaient des infiltrations rebelles. De très nombreux Casques bleus et soldats centrafricains et rwandais ont sillonné la ville et des blindés blancs de la Minusca surmontés de mitrailleuses ont protégé les bureaux de vote. "A Bangui, cela a l'air de bien se passer mais le gros point noir, c'est que les gens n'ont pas voté ailleurs, nous sommes complètement aveugles sur la situation en dehors de la capitale", a résumé un observateur de l'UE sous couvert de l'anonymat. Car loin de la capitale, des incidents épars ont été rapportés et des milliers de personnes ont été empêchées de voter ou privées de leurs cartes d'électeurs jamais arrivées en raison de l'insécurité, selon des responsables locaux et de l'ONU anonymes. Le Comité Stratégique de Sécurisation des Elections qui dépend du gouvernement, a lui-même listé au moins 12 sous-préfectures où le vote n'a pas eu lieu en province. Or Bangui ne compte qu'un million d'âmes environs sur un pays de 4,9 millions d'habitants. Dans ce contexte, la question de la légitimité des futurs élus - le président et 140 députés - est déjà posée quand une partie importante de la population n'a pu voter, ou le faire librement et sereinement, en dehors de Bangui, selon les experts et l'opposition. "Ces élections sont partielles, non crédibles et ne respectent pas les standards internationaux", renchérit Thierry Vircoulon, de l'Institut français des relations internationales. Mais le chaos promis par les rebelles n'a donc globalement pas eu lieu.


Reuters/AFP