La conscience est-elle la permanence d’une perte de soi ?


Les pertes sont binaires, on a, on perd, et cette perte se fait à un moment précis où la conscience agit. Or, la permanence est opposée à ce changement, à cette alternance. C’est un procédé continu, alors que la perte de soi, passant par une prise de conscience est un procédé discontinu, l’expression « permanence de la perte de soi » semble donc paradoxale. La perte de soi-même peut-elle être un processus permanent, comme la fonte inéluctable de la neige au soleil ? On peut concevoir que la conscience entraîne une permanence puisque la conscience est unie. Ainsi, avec son fameux “cogito ergo sum”, Descartes exprime que l’unité de la conscience, résidant dans le « je » ou dans l’emploi de cogitare à la première personne du singulier, donne son unité à l’homme. Dès lors l’homme existe tant qu’il est conscient, alors la conscience est permanente à la vie de l’homme.


Pourtant, certaines expériences concrètes nous amènent à le contester. In fine, cette perte n’existe que par la prise de conscience. Or celle-ci n’existe que dans la mesure où elle fait état de rupture avec ce qui existait auparavant. Ce phénomène de rupture dénote de l’aspect permanent de la conscience et insiste alors sur l’impossibilité d’une unité de la conscience comme individualité humaine.


Néanmoins, face à ce paradoxe, on peut se demander si la conscience n’est pas simplement la transformation du soi. En étant conscient, on ne gagne ou ne perd rien, on transforme un état en un nouveau. Ainsi, pour Sartre, l’homme n’est pas un être que l’on peut définir avec une nature fixe. Puisqu’il a le pouvoir de sortir de cette nature par sa conscience. Ainsi un homme qui a conscience de sa nature la surpasse et la transcende et par là même se transforme et se libère.


Auteur: Mathilde Gravet

Rédacteur en chef: Margot Leblond