La laïcité : une spécificité française que le reste du monde peine à saisir ?


« La police française abat un homme après une attaque au couteau mortelle dans la rue ». Ce titre, publié sur le site du New York Times à la suite de l’assassinat de Samuel Paty le 16 octobre 2020, témoigne de la divergence entre la perception de cet événement par certains médias anglo-saxons et celle des médias français. Un fossé sépare leurs conceptions de la laïcité et de la liberté d’expression.


La liberté de s’exprimer, en France, est bornée au principe de « non-nuisance » : il s’agit de ne pas porter préjudice à autrui. Alors que les questions morales, philosophiques ou religieuses n’étaient pas considérées comme de possibles nuisances, la Seconde Guerre mondiale a quelque peu changé la donne. Ce terme s’est adapté aux évolutions de la société, et, au nom de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, a vu ses limites redéfinies.


Depuis lors, la laïcité repose sur le fragile équilibre entre droit au blasphème et devoir de respect de la dignité humaine. Pour les uns, elle n’est qu’un corpus de textes visant à encadrer la vie en société, pour les autres, elle doit être au service d’un combat contre l’intégrisme islamiste et le fondamentalisme religieux. Tandis que les « islamo-gauchistes » sont suspectés de faire le jeu de l’islam politique, les « laïcards », partisans d’une laïcité offensive, sont moqués pour leur obsession des musulmans.


Aux Etats-Unis, au contraire, la liberté d’expression ne dispose d’aucune limite. Les Américains ont la liberté de tout dire, sans que leurs propos puissent tomber sous le coup de la loi. Le « free speech » ne saurait être circonscrit par un quelconque droit à la dignité ou devoir de ne pas tenir de propos racistes, antisémites ou xénophobes. Vu des Etats-Unis, la laïcité - et son versant juridique immédiat, la loi sur les séparatismes - est donc vue comme une atteinte à la liberté de culte et au multiculturalisme.


Auteur : Lola Dufeu

Rédacteur en chef : Styven Darondeau

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