La réappropriation du corps n'est-elle possible que par la désacralisation de la sexualité?



“Mais si l'Éros est rapport à la vérité, les deux amants ne pourront se rejoindre qu'à la condition que l'aimé, lui aussi, ait été porté au vrai par la force du même Éros.” (Histoire de la Sexualité, Tome II, Foucault 1984) Depuis l’antiquité grecque, la conception de la sexualité engageait à la fois l’aspect moral - comment contenir cette énergie et cette pulsion relative à l’humain - mais aussi un rapport direct avec l’amour - quelle place l’Eros occupe-t-il dans notre rapport à l’aimé.e - si bien qu’au fil des évolutions sociales, la sexualité se trouve mouvante entre le profane et le sacré.


Pour l’Occident marqué par l’antiquité gréco-romaine et le judéo-christianisme, la sexualité revêt majoritairement de l’aspect prude et ascétique en tant qu’il est nécessaire de contenir “une force toujours susceptible d’excès et de révolte” (Foucault). Pour Aristote, la faculté de désirer doit obéir à la raison comme l’enfant aux commandements de son maître (Ethique à Nicomaque). Dans la religion chrétienne, la Bible dit : “Fuyez l'impudicité. Quelque autre péché qu'un homme commette, ce péché est hors du corps; mais celui qui se livre à l'impudicité pèche contre son propre corps.” (1 Corinthiens 6:18).Suivant ces héritages, la sexualité doit ainsi être contenu au nom de la raison et de l’intérêt divin.


Pourtant, l’avènement de la double révolution française et féministe, auxquelles s’ajoute la période du romantisme, déconstruit la sexualité en la désacralisant. D’un motif de la prudence, elle s’est mue vers un motif d’émancipation des corps au nom de l’amour et de la liberté. La sexualité sort ainsi de son cadre régulateur et devient un pan du progressisme social.


L’usage du corps, relevant d’un prisme sociétal, se meut donc entre ascétisme et libération. Tout l’enjeu réside dans la position à accorder à la sexualité entre le profane et le sacré.


Joan R.

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