Le Congolais Sammy Baloji veut réactiver la mémoire de l’art africian


Durant quatre siècles d'échanges avec l'Europe, l'art africain a été instrumentalisé, catégorisé de façon simpliste, voire oublié: l'artiste congolais Sammy Baloji présente aux Beaux-Arts de Paris une œuvre qui "réactive la mémoire" et "se réapproprie" cette histoire.

La recherche sur l'histoire oubliée, Sammy Baloji l'a faite dans des archives et auprès des musées. Au XVIe siècle, le Kongo était un riche royaume sur l'Atlantique, dont le territoire se partage aujourd'hui entre Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo et Angola. Les échanges entre son roi converti au christianisme, le Vatican et le Portugal, les allées et venues des marchands et des jésuites: ce relatif équilibre sombre avec le commerce triangulaire et la déportation vers l'Amérique des populations. Et les savoirs se perdent. Les Beaux-Arts ont ouvert leur plus belle salle à cet artiste qui s'impose sur la scène contemporaine pour sa création puissante soutenue par une réflexion sur la colonisation. Sammy Baloji a enquêté sur l'itinéraire des objets venus en Europe. Beaucoup, amenés par les jésuites, ont été exposés dans les cabinets de curiosité à la Renaissance, avant de perdre leur identité propre dans des musées d'histoire naturelle et des expositions universelles, explique-t-il. C'est seulement dans les années 1920 que naîtra le concept d'"art nègre". Interrogé sur les restitutions, l'artiste, même s'il est favorable à l'idée, répugne à entrer dans un débat complexe. "En Afrique, note-t-il, les musées fonctionnent d'après des scénographies héritées de l'Europe".



AFP


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