Le désir métaphysique de Camus envers la nature dans Les Noces


Les Noces est un recueil d’essais paru en 1938. Dans le premier texte, Noces à Tipasa, Albert Camus raconte une journée passée à contempler les anciennes ruines romaines de Tipasa, qu’il trouve magnifiques. Tous ses sens sont en éveil, et jouissent du sublime paysage : son corps se délecte des sensations, des odeurs et des couleurs. La nature enivre et appelle à la communion. Camus écrit : “Ici même, je sais que jamais je ne m’approcherai assez du monde. Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celle-là, et nouer sur ma peau l’étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer”.


Dans cet extrait, le poète se met à nu, comme touché par les parfums de la terre et plonge dans la mer. Il expérimente une forme de synesthésie, c’est-à-dire, une fusion des différents sens. Tout se passe comme si le poète révélait le réel à lui-même. C’est une véritable ode à la nature, et encore davantage à la vie. Selon Albert Camus, une vie qui vaut la peine d’être vécue tient à cette tentative obstinée d’adhésion sensuelle au monde. Ce désir poétique d’union avec la nature permet de sublimer le réel, il devient désir spirituel.


Mais ce désir intense de fusion avec la nature rappelle également que l’homme est un être à part, coupé de celle-ci. Ce corps, empli de sensations, est aussi ce qui fait de l'homme un être mortel. En même temps qu’il ressent la beauté du monde et souhaite s’y fondre, Camus expérimente sa finitude, sa condition d’homme qui l’empêche de s’y accorder pleinement. Les prémices de l’absurde surviennent alors : ce monde magnifique demeure étranger à l’auteur. Camus est envahi par ce qu’il appellera plus tard un sentiment d’absurdité, qu’il définit dans Le Mythe de Sisyphe (1942) comme “le divorce entre l’homme et sa vie, l’acteur et son décor”.


Auteur: Coline


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