Le “Je” est-il universel ?


Le “Je” renvoie à soi-même, à Moi comme sujet composé d’un corps et d’un esprit, d’une personnalité et de désirs propres ; nous définissons l'autre comme la symétrie de ce “Je” par le pronom “Tu”.

Cette utilisation de la première personne semble universelle sans l’être pour de vrai. En découle plusieurs conséquences, notamment dans la façon de se concevoir soi-même et entre individus, dans la manière d’appréhender le milieu qui nous entoure, ou pour le sens qu’un texte peut prendre une fois traduit dans deux langues aussi éloignées que le sont le français et le japonais. C’est ce que nous apprend le professeur de littérature française Hisayasu Nakagawa qui écrit que “pour les européens, tout commence par le “je”. Dans la langue japonaise, la première personne n'existe pas en elle-même mais en tant qu’élément du rapport contingent qui s’instaure dans une scène donnée.” L’auteur désigne le milieu français comme “un monde de tourbillons de sujets subtiles, d’individus cartésiens” et le milieu japonais comme “un monde vide de sujets”. Ainsi le “je” français désigne un individu unique quand, en japonais, il est indéfini, seulement perceptible en fonction de la circonstance dans lequel l’individu se retrouve plongé et par rapport aux autres (âge, profession, sexe...).

Ce “logocentrisme” du japonais conduit à une manière de penser différente de celle européenne. Les historiens européens racontent l’histoire de façon à ce que l’individu occupe la place centrale : ce sont ses prises d’initiatives qui modifient le cours de l’histoire ; un événement résulte d’une volonté. Les historiens japonais interprètent l’histoire comme si toutes choses se formaient par elles-même successivement avec force et spontanéité ; un événement a lieu de façon spontanée indépendamment de la volonté de l’individu. Source : H. Nakagawa, Introduction à la culture japonaise


Auteur: Bastien Pillon

Rédacteur en chef: Valentin Coutel


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