Le monde est-il désenchanté ?


En 1904, Max Weber utilise pour la première fois l’expression ‘désenchantement du monde’ dans « L'Éthique protestante et l’esprit du capitalisme ». Son but est de théoriser le processus de rationalisation et, conséquemment, de laïcisation qui caractérise la modernité. Les croyances religieuses et la recherche du sens magique des choses disparaissent au profit du progrès scientifique.


L’analyse wébérienne concentre son propos sur l’idée que le système capitaliste a opéré une transformation des valeurs au sein de la société. L’esprit du capitalisme s’appuie sur les valeurs protestantes, faisant du travail un moyen d’atteindre le salut divin. La recherche du salut est déplacée dans le monde d’ici-bas. S’ensuivent une aliénation et une perte de sens qui oppressent les individus dans un système basé sur le contrôle et le calcul, mais aussi rythmé par l’arrivée des machines. Weber l’appelle la cage d’acier.


Marcel Gauchet se distingue du travail de Weber en ce qu’il veut remettre la religion au centre du questionnement. Le désenchantement du monde, c’est-à-dire la sortie de la religion comme dispositif structurant la société, doit se comprendre comme une émancipation progressive de l’homme. En effet, la religion, caractérisée par une hétéronomie radicale, s’oppose au processus d’autonomie qui trouve notamment son apogée avec la naissance du sujet politique moderne. Cela souligne la position ambiguë de Gauchet envers la religion.


Ces deux approches se distinguent par leur nature. Alors que Weber choisit de ne pas définir la religion, Gauchet l’essentialise. La religion est un dispositif social d’hétéronomie, « la forme du rejet de l’homme de sa propre prise transformatrice sur l’organisation de son monde ». Cet essentialisme se distingue du fonctionnalisme de la sociologie, qui veut faire droit à ce qu’il y a de symbolique et de sacré au cœur de la religion, indépendamment de son rôle politique et social. Malgré cette distinction, ces deux conceptions s’accordent sur ce même constat : la société est désenchantée.


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