Le Sénégal cherche à éteindre les derniers feux de la rébellion en Casamance


Baïlo Coly fait partie des nombreux Casamançais que le conflit a fait fuir de chez eux, depuis que des indépendantistes ont pris le maquis avec un armement rudimentaire après la répression d'une marche du MFDC en décembre 1982. La rébellion a prospéré sur le particularisme de cette région fertile mais isolée en grande partie du Sénégal par la Gambie et encline au sentiment de délaissement.


Après avoir fait des milliers de victimes et ravagé l'économie, le conflit a persisté à petits feux, avec des coups de chaud comme le massacre de 14 hommes près de Ziguinchor en 2018. Ces dernières années, les autorités sénégalaises ont entrepris de réinstaller les déplacés. Fin janvier, sans guère de signe avant-coureur, l'armée a lancé les opérations "Bravo" et "Charlie" pour permettre ces retours et mettre fin aux trafics florissants de bois ou de cannabis. Il s'agissait aussi de faire cesser les "exactions" commises selon elle contre les civils. Un expert de la question casamançaise, s'exprimant lui aussi anonymement en raison de la sensibilité du sujet, relève que l'armée sénégalaise a aujourd'hui des moyens lui économisant les pertes dans un milieu que les maquisards connaissent par cœur.

Il évoque aussi l'opportunité créée par les changements politiques en Guinée-Bissau, avec l'accession à la présidence en 2020 d'Umaro Sissoco Embalo, allié du chef de l'Etat sénégalais Macky Sall. Au nord de la Casamance aussi, en Gambie, également accusée par le passé de soutenir le MFDC, le Sénégal peut compter depuis 2017 sur un gouvernement propice à ses vues. La rébellion disposerait encore de bases dans la région de Ziguinchor et à la frontière avec la Gambie. Certaines factions du MFDC "sont prêtes à déposer les armes", assure le colonel Kandé.

La difficulté d'accès aux informations et la nature clandestine de la rébellion rend délicat tout pronostic sur l'avenir du conflit.


Reuters/AFP