Les lichens, trésor scientifique et sentinelles de l'environnement


Discrets, insignifiants, presque invisibles, les lichens constituent un réservoir méconnu de molécules à potentiel médical. Fragiles ou très résistants aux milieux les plus hostiles, ce sont des sentinelles de la qualité de l'air et des révélateurs du changement climatique. On recense environ 5.000 espèces de lichens en France et près de 20.000 dans le monde. Lichénologue professionnel, Joël Esnault explore le massif armoricain loupe collée à l'oeil, pour mieux percer les mystères des innombrables mosaïques colorées formées par les lichens. Association d'un champignon et le plus souvent d'une algue, sur lesquels se greffent des milliers de micro-organismes, les lichens sont les formes de vie prédominantes dans 8% de la surface terrestre, et concentrent de nombreux polluants atmosphériques, ce qui en fait des sentinelles de l'environnement. "Plus vous avez de lichens sur un arbre et plus il y a d'espèces différentes, plus c'est bon signe pour la qualité de l'air", poursuit ce passionné, qui réalise des inventaires pour les collectivités. Lors de la catastrophe de Fukushima, il y a dix ans au Japon, certains lichens ont été utilisés pour mesurer l'imprégnation de l'environnement par le césium atmosphérique. Les lichens sont aussi un marqueur du réchauffement climatique. Certaines espèces, auparavant localisées sur le pourtour méditerranéen, s'observent aujourd'hui dans le nord de la France. "Les aires de répartition des lichens changent parce que le climat évolue, c'est observable partout", confirme Damien Cuny. De plus, la résistance de certains lichens aux conditions les plus hostiles, y compris lorsqu'ils sont exposés aux rayons cosmiques, intéresse. Certains lichens peuvent vivre à des températures de -60°C ou de +70°C. On en retrouve à 7.000 m d'altitude ou sur les coulées de lave sitôt refroidies.Quelques lichens alpins pourraient même dater de 1.000 ans.


AFP/Reuters

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