Littérature : Ce que le genre fait au droit


« Quelle vérité que ces montagnes bornent qui est mensonge au monde qui se tient au-delà ? » Cette citation de Montaigne, en questionnant notre rapport fluctuant avec la vérité selon les époques et les regards, semble s’inscrire de manière pertinente dans la préoccupation du projet de recherche REGINE.

Ainsi, en voulant confronter et questionner le concept de genre avec celui de droit, le but est de s’émanciper d’un blocage épistémologique dû à la vision du droit par les juristes français eux-mêmes. Tout comme une confusion existe entre la réalité et la vérité, le droit ne doit pas être vu comme une représentation neutre de la réalité, mais comme étant le produit et le résultat d’une construction sociale et le reflet d’un certain rapport de force politique. Le but est donc de faire connaître cette théorie « féministe » ou « genrée » du droit, d’interroger leur rapport et de montrer l’intérêt méthodologique et épistémologique de ce regard.

Cette imperméabilité du droit français avec les notions de sciences sociales – notamment le genre - est dû selon les auteurs, à un héritage civiliste et à la place prépondérante de ce que Marie-Claire Belleau nomme le « positivisme formaliste civiliste » empêchant d’avoir une certaine appréhension politique, ou même une simple remise en cause de son idéologie. Si ce livre reste assez spécialisé, puisqu’il est rédigé par des professeurs de droit, l’enjeu de son propos n’en demeure pas moins clair, et rend compte d’une préoccupation nécessaire : celle de prendre de la distance sur les règles qui nous entourent, et de toujours questionner leur histoire et leurs enjeux. Loin d’être neutre alors même qu’elles tendent à s’en réclamer, les règles qui nous entourent sont l’application d’une vision du monde qui influence la nôtre ; et par leur questionneme