Littérature: Des souris et des hommes de John Steinbeck


Deux ombres se dessinent sous le soleil cuisant d’un ciel Californien. Un homme courtaud aux yeux perçants et un colosse aux bras ballants errent de ferme en ferme. Ils louent leurs bras en se jurant qu’un jour, ils auront leur ferme à eux. En attendant ce jour, George l’astucieux rassure Lennie quand il a peur: ils auront leur petit bout de lupuline, et ils élèveront des lapins. Lennie effraie ceux qui le croisent. Quelle sorte de Dieu enfermerait un enfant dans l’enveloppe d’un mastodonte? George veille sur lui, le berce avec des promesses, quand Lennie tremble le soir, il lui chuchote obsessivement leur rêve commun jusqu’à ce qu’il s’endorme. Steinbeck est le maître du récit, il est l’oeil omniscient qui s’attelle à sobrement décrire et rapporter les échanges. Le texte semble dénué de sens, pourtant l’essence de celui-ci réside dans sa construction. La particularité du livre n’est perceptible qu’après l’avoir fermé: l’oeuvre est contenue dans les première pages, tout se déroule comme décrit, pourtant rien ne se passe comme attendu. La simplicité de l’écriture est déroutante, car sa morale est catégorique: l’inéluctable et accablante finalité humaine. C’est cet inexorable dessein qui est le point d’orgue du tableau peint par l’auteur. La galerie de personnages s’anime sous nos yeux, et on se rend compte que le texte est bel et bien vivant: il habite en nous. C’est de notre propre faiblesse dont on témoigne, mais Steinbeck n’arbitre pas, il édifie. John Steinbeck s'inspire d'un vers de Robert Burns : « The best laid schemes o'mice an'men gang aft a-Gley » (« Les plans les mieux conçus des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas »). Qu’en pensez vous? Avez-vous lu cet auteur ?


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