Littérature : Dites-leur que je suis un homme de Ernest J. Gaines


Dites-leur que je suis un homme est une fiction politico-culturelle engagée.

Ernest J. Gaines plonge le lecteur dès les premières minutes dans l’univers des années 40. Le partage entre dialogues et monologues et les nombreux détails de ses personnages, nous permettent de vivre l’émotion et l’ambiance de l’époque. Même si son aspect descriptif, parfois généreux, pourrait nous faire perdre le fil.

La ségrégation prime en Louisiane et les noirs restent au service des blancs. Parmi les personnages, deux s’en dégagent.

Jefferson, illettré, sans défense qui regarde les arbres depuis sa cellule. Les mains serrées, légèrement penché sur sa couchette, il est accusé de meurtre et attend son exécution.

Grant est instituteur et se rend à la prison pour rencontrer Jefferson. Heureusement, Vivian, la petite amie de Grant est d’un appui considérable pour affronter le réel de Jefferson.

L’histoire raconte le meurtre d’un homme blanc. Les blancs ont immédiatement jugé et maltraité Jefferson, comme un animal. Ils l’ont nommé de « cochon », mot l’ayant foudroyé au point qu’il s’est tu, et s’est comporté comme tel : il voulait manger du maïs, au sol, sans couverts « comme ce que font les porcs » dit-il. Dans l’attente de son exécution la marraine de Jefferson, Miss Emma, demande l’aide de l’instituteur pour rendre un peu d’humanité à son neveu, et qu’il puisse quitter ce monde en Homme.


Ces 300 pages nous font voyager à travers les sentiments de Grant : son ambivalence à se rendre à la prison, la colère envers le système, la joie de voir Jefferson se vivifier mais aussi la tristesse de son devenir. Ses visites régulières marqueront l’histoire de Jefferson : il passera du sol à son lit, du silence au son de la radio et de l’écriture à la parole.

Cette parole, accompagnée par celle de Grant, Jefferson s’en servira pour se dégager du signifiant « cochon », qui aura fait violence sur son être. Jefferson ouvrira ainsi la question de l’Homme dans ce monde des années 40, encore clivé par les races. Peut-on dire que Jefferson est devenu Homme ?

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