Littérature: En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis


Une enfance bâtit, construite, définit. Mais comment faire quand l’adulte devenu n’a plus grand-chose à voir avec son enfance ? Ces deux identités finissent-elles par entrer en conflit, celle d’avant contre celle d’aujourd’hui ? Non, on les fait cohabiter. C’est ce que l’on perçoit dans “En finir avec Eddy Bellegueule”. Le roman est à la fois la quête d’Edouard, l’adulte vers Eddy, l’enfant et en même temps la quête inverse, la naissance d’Edouard à partir d’Eddy. Même si les deux prénoms suggèrent deux identités, il ne faut pas s’y méprendre, il s’agit simplement d’une identité multiple.


L’alliance de ces deux parts offre au roman une grande justice, fait de lui un morceau de vérité. Il n'y aucun jugement. Cela en est presque déroutant. Les événements se succèdent, sont racontés mais jamais un camp n’est choisi, ni celui de la nostalgie de l’enfance perdue ni celui du mépris pour une classe sociale abandonnée. L’histoire est par elle-même dure, mais elle est loin d’être larmoyante. Cette dimension lui donne un caractère presque sociologique. Par ailleurs, la complémentarité de l’adulte et de l’enfant s’observe aussi dans la forme, quand des mots ressortent, attirent l’attention en raison d’une forme d’inadéquation. Des mots très propres, impeccables qui contrastent avec le contexte, ce sont celles d’Edouard. Mais alors, le roman est juste jusque dans les mots, très précis.


Depuis, Edouard Louis a publié “Histoire de la violence” et “Qui a tué mon père” où il aborde plus précisément la relation qu’il entretient avec son père et qui prend la forme d’un réquisitoire contre les classes dirigeantes à qui il reproche d’avoir poussé son père vers une mort précoce.

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