Littérature: Fiodor Dostoïevski, Crime et Châtiment


Né il y a deux cents ans à Moscou, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski est le romancier de “la destruction et du chaos”. Connaissant une enfance difficile, il est un élève taciturne au regard mystérieusement mélancolique qui, très tôt, se sent une vocation d’écrivain. En 1846, après la publication de son premier roman, il est propulsé au rang de nouveau Gogol. Mais ce patriote convaincu est arrêté en 1849 pour avoir fréquenté l’un des premiers cercles socialistes de l’Empire russe. Les dix années qu’il effectue au bagne sont essentielles pour lui. Là-bas, il témoigne avoir “connu le peuple russe” et déclare : “Je renaîtrai meilleur”. Dostoïevski est l’exemple rare d’un penseur profond qui est un romancier de génie. Crime et Châtiment (1866) est reconnue comme l’une des plus grandes œuvres de la littérature. C’est l’histoire d’une rédemption, celle de Raskolnikov, étudiant sans le sou qui a commis un double meurtre. Dans ce “roman-tragédie”, le lecteur vit avec Raskolnikov la torture psychologique et la folie d’un homme qui, se croyant un surhomme, a transgressé l’ordre moral pour éprouver les limites de sa liberté. Dans Crime et Châtiment, Dostoïevski rappelle à l’homme l’illusion qu’est la toute-puissance individuelle ; car après le crime vient le châtiment.

Toutefois, lorsque nous tentons d’interpréter le crime de Raskolnikov et sa souffrance, Dostoïevski nous plonge dans une nébuleuse vertigineuse : c’est là la force psychologique du roman. Raskolnikov est un protagoniste ambivalent et insaisissable. Est-il un jeune inconscient nihiliste, un idéaliste, un fou illuminé, un martyre christique ou un redoutable assassin calculateur ? Personnage aux multiples facettes, il reste un mystère pour le lectorat qui se divise pour le juger, le défendre ou le condamner.


Carmen G.


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