Littérature : La mort d’Ivan Ilitch de Léon Tolstoï


Ivan Ilitch préfère la gloire à la vertu. Quand on enterre douillettement le juge d’instruction, personne ne s’émeut. Sous la prière du fossoyeur et la voix fraîche de l’enfant de cœur, le silence du fatigué résonne comme un râle d’acceptation. Alors que notre bourgeois mastique mollement sa quarante-cinquième année de vie, une douleur lui attaque le flanc et un goût désagréable lui chatouille les papilles. Son quotidien sans combat ni passion, pourtant minutieusement organisé autour de l’étroitesse d’un conformisme moral étudié et filandreux, est pompeusement gâché. Le mal indiffère à ses débuts, mais l’incapacité des médecins croupissants à identifier sa souffrance sourde transforme l’inconvénient en promesse sans rémission, la mort. Cette incommodité signe la fin de sa vie de compromis acceptés, de crasses sans grandeur et de médiocres mensonges : c’est l’éveil dans la mort.


Léon Tolstoï sert un personnage sans épaisseur; il guide son lecteur sur le chemin rédempteur de la prise de conscience. Le fade devient vif, la promesse de néant se révèle salvatrice. C’est la critique féroce du conformisme, de la certitude quant aux choix, de l’ordinaire et de l’idéal sur lesquels l’homme s’endort trop souvent. C’est l’apologie éclatante du doute et de l’humilité. La maladie est-elle bien réelle ?

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