Littérature : Le cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire


En 1935, âgé de 22 ans, Aimé Césaire, de voyage en Yougoslavie pour l’été, aperçoit l’île Martin. Ce nom résonne en lui. Il repense à la Martinique, son « pays natal » qu’il a quitté à 18 ans pour Paris. Cet épisode marque le début de la rédaction du Cahier d’un retour au pays natal publié dans la revue Volontés en 1939 et chez Présence Africaine en 1956. Dans ce long poème, le retour sur son origine s’accompagne d’une prise de conscience de la condition inégalitaire des Noirs. L’œuvre se fait alors cri d’indignation et appelle à une pleine affirmation de soi. Le regard désormais tourné vers la Martinique, Césaire en peint la misère. L’île est rongée par la pauvreté et dépossédée d’une culture qui serait sienne. A partir de ce tableau, le poète convoque d’autres temporalités et d’autres géographies pour nommer et refonder la condition noire. Cette quête identitaire passe par une distorsion de la langue. L’œuvre oscille entre versification, prose poétique et chant incantatoire. Elle mêle trivial et référence biblique, argot et parole érudite, onomatopée et mot rare. La langue est considérée comme arme principale de la colonisation. Alors, le poète la détourne et s’en empare pour combattre l’oppression. Au fil des pages, entraînés par un rythme poétique effréné, nous observons le passage d’une identité prescrite à une identité choisie. Le terme « nègre » est repris dans toutes ses acceptions péjoratives afin de les détourner et de les sublimer. La « négritude » s’impose comme moyen de refondation d’identités dont l’histoire et la spécificité sont niées dans l’espace social. Le « je » du poète se meut avec intensité et convoque avec lui tous les opprimés. Sous nos yeux, une conscience s’affirme en acte et se redresse fièrement face à la foule.


Auteur: Miryam Kchibl


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