Littérature : « Le Joueur d’échecs » de Stefan Zweig


Comment dénoncer la barbarie nazie avec élégance et finesse ?

Stefan Zweig nous livre un récit puissant, et d’une rare finesse pour décrire la folie de la solitude, pire sort infligé à une personne.

Les premières pages nous embarquent à bord d’un paquebot. Tout d’abord, c’est le récit du narrateur, un féru d’échecs, impressionné par le présomptueux champion mondial d’échecs : le grand Mirko Czentovic. Le narrateur, qui idolâtre ce prodigieux maître des échecs, cherche alors à tout prix à étudier la psychologie de son jeu et essaie vainement de l’approcher afin de le faire jouer. Le livre prend alors un tout autre tournant lorsque, soudainement, un divin inconnu arrive en pleine partie et humilie Czentovic en le battant à plate couture. Humble, distant, presque froid, cet inconnu ne cherche aucunement à se faire aduler. Il intrigue et attise l’intérêt du lecteur. L’histoire se tourne alors vers ce personnage énigmatique, qui décide de se confier au narrateur.

Le lecteur est alors plongé dans le passé du mystérieux inconnu, M.B, et apprend qu’il s’agit en réalité d’un ancien exilé autrichien que les nazis ont poussé aux frontières de la folie. On apprend que cet opposant politique resta enfermé seul dans une petite pièce vide, n’ayant droit à aucune distraction jusqu’au jour où il trouva dans la poche d’un geôlier un petit livre retraçant les plus grandes parties d’échecs. Ce livre - on le comprend vite - a bouleversé sa vie. Alors que M. B n’avait jamais joué aux échecs, il fabrique manuellement un échiquier et apprend les parties et les combinaisons par cœur. Il joue contre lui-même pendant des jours entiers et cela tourne vite à l’obsession.

Loin de l’ambition de devenir le champion du monde des échecs, M. B. trouve en réalité à travers ce livre une échappatoire pour lutter contre la folie et le désespoir infligés par la solitude.

A travers « Le Joueur d’échecs », Stefan Zweig illustre parfaitement l’oppression vécue à l’égard de l’occupation nazie en Autriche, son pays d’origine. Il réussit ainsi à nous communiquer la mélancolie qu’il ressentait. Au fil des années, Zweig se considérait sans patrie, en vivant comme un exilé à travers le monde. Ce désespoir l’a ainsi conduit au suicide, le 11 février 1942 entraînant avec lui sa femme Lotte Altmann. Il l’écrivit lui-même, « le jour où l'on m'a retiré mon passeport, j'ai découvert qu'à 58 ans, qu'en perdant ma patrie, on perd bien davantage qu'un petit coin de terre délimité par des frontières". Ce livre est publié à titre posthume l’année suivante en 1943.


Auteur: GP


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