Littérature : Le parfum de Patrick Süskind


C’est entre les fruits pourris, les poissons avariés et les effluves délétères du marché dominical que Jean-Baptiste Grenouille naît, le 17 juillet 1738, sur le pavé de la rue au Fer. Sa mère est décapitée quelques instants après son accouchement au Cimetière des Innocents. Le garçon erre, traînant sous la rumeur confuse d’un Paris pré-révolutionnaire. Il n’entend pas le bruit du tanneur qui charcute la chair, il ne louche pas sur les seins gras des prostituées, il sent. Il jouit des parfums, s'émerveille des arômes envoûtants qu’il arrache aux fleurs, des exhalaisons capiteuses de charognes encore brûlantes, et de l’essence suave des sueurs délicates qui pendent au cou des femmes. Bientôt, les bouffées de chair qui lui mutilent les narines parurent trop enivrantes pour pouvoir les laisser s’échapper. Il doit s’en emparer. Et il tua.


Süskind capture le lecteur dans un univers aux odeurs surabondantes, peignant un paysage olfactif : des émanations fétides des organes génitaux aux fragrances subtiles des parfumeries, chaque élément saute au nez du lecteur. Le voyage grisant éveille les papilles de notre odorat, d’habitude paresseux dans les romans.


Manuel Blanco Romasanta ou le Loup-Garou d'Allariz tua en Espagne plusieurs femmes et enfants pour extraire de leur masse inerte la graisse de leur corps et la transformer en savon. Grenouille aurait-il vraiment existé?

6 views