Littérature: Le roman de Venise de George Sand et Alfred de Musset


Soyez indulgents des poètes amoureux: ils ne s'aiment jamais, souvent idolâtrent et enfin toujours s'indiffèrent. De décembre à mars 1834, George Sand et Alfred de Musset s’installent à l’hôtel Danielli. Si on tend l’oreille, on peut entendre derrière le balbutiement des gondoles les hurlements des amants, le froissement des lettres, et l’encrier se vidant sous les humiliations des infidèles. José-Luis Diaz transmet le frisson tendre et l’irascible hoquetement de l’une des plus belles histoires d’amour en retraçant à travers l’échange épistolaire la liaison mythique de ces “enfants du siècle”. Le théâtre d’une valse frénétique éclot au fur et à mesure des pages. Mais attention! La polyphonie oblige le lecteur à participer à l’ellipse. D’autres fragments méconnus, notes intimes, poèmes, s’ajoutent à la correspondance et rendent aux événements leur caractère éminemment romanesque. Le parti pris théâtral est nourri par les épistoliers. Ils commentent leur correspondance, et édifient par la fureur de leurs déclarations, dans une lucidité presque effrayante, une œuvre sur le vif qui doit paraître pour la première fois en 1904. Le lecteur s'immisce dans l’intimité de cet épisode vénitien. C’est un jeu d’adultes, ou Sand s’amuse des mensonges par omission et des trahisons confessées. Imaginait-elle déjà le lecteur dévorer ce “tissu d’aventures romanesques”.

Thalzberg

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