Littérature: Poèmes Saturniens de Paul Verlaine


Verlaine n’a que 22 ans quand il publie son premier recueil de poésie intitulé «Poèmes Saturniens». Aujourd’hui celui-ci jouit de l’envergure prodigieuse que son auteur lui destinait mais il n’en fut pas toujours ainsi, la gésine de son succès fut longue contrairement à la douloureuse vie de son auteur maudit. Il est impossible de lire cette œuvre sans éprouver, au moins de manière fragmentaire, la cénesthésie mélancolique que Verlaine a insufflée à ses vers.


Autant dire que ce premier recueil organise en édifice cohérent un ensemble éclectique de thèmes chers aux poètes de l’époque : la mélancolie, les amours évanouies, l’angoisse de la mort et son onirisme cauchemardesque qui nous enserre les entrailles en chuchotant doucement à notre oreille la fatalité du sort qui nous est réservé. Tout cela s’harmonise à merveille autour de son talent, comme la poussière gelée de l’Encelade qui épouse la croupe et gravite autour de la planète dont elle forme le cerceau opalin.


Verlaine est un génie de l’orfèvrerie poétique, préférant la forme courte, il donnera une série de poèmes reposant sur des piliers d’apparences oxymoriques, en accordant la précision chirurgicale de la forme avec le dédale onirique du fond. Octave Nadal n’hésitera pas à lui reconnaître «une manière de révolution fondamentale de la métrique» modelant «la texture rythmique tout entière des vers» . Les «Poèmes Saturniens» nous emmènent sur ce fleuve brumeux à bord d’un petit esquif où la réalité semble de plus en plus évanescente au fur et à mesure de notre voyage vers les profondeurs de l’art.

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