Littérature : Rhinocéros d’Eugène Ionesco




Né le 26 novembre 1909 en Roumanie, représentant du théâtre de l’absurde, académicien français de 1970 à 1994, Eugène Ionesco figure parmi les grands dramaturges et écrivains du XXème siècle. Si son oeuvre de 1959, “Rhinocéros” fut acclamée comme une dénonciation du totalitarisme, on peut aujourd’hui élargir cette métaphore. Une ville ordinaire voit subitement sa population se métamorphoser en rhinocéros. Si les premières pages immortalisent la scène comme dramatique, la “rhinocérique” s’impose peu à peu comme la norme, allant jusqu’à renverser l’équilibre social. Certains sont alors épris de violence. En visite chez son meilleur ami atteint de la maladie, le protagoniste se retrouve face à une métamorphose hurlant “Je te piétinerai”. D’autres succombent à la peur. Isolée du monde avec son amour, Daisy elle, finit par abdiquer et part. Néanmoins, personne ne sait si la “rhinocérique” eu raison d’elle. “J’avais une conscience de plus en plus mauvaise, malheureusement. Je me sentais un monstre. Hélas.”, pense le personnage principal en fin d’ouvrage, seul rescapé de la maladie. Le poids de la masse dominante, véritable allégorie du conformisme, l'écrase moralement.

S’il s’entête à devenir rhinocéros, son corps refuse de se métamorphoser, condamné à rester humain pour le reste de sa vie, son inconscient refusant catégoriquement de troquer son existence… Mais n’est-ce pas une chance que de pouvoir jouir de sa propre personnalité ? Est-ce véritablement une tare d’être “l’autre” ? Exister, est-ce résister ?


Auteur: Baptiste Keim

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