Littérature: Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Célin


“L’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches” Du génie infréquentable au plus méprisable de tous les êtres, Louis-Ferdinand Céline n’écrit pas. Il réalise l’exploit unique de restituer à la littérature le vivant de l’oralité, refusant d'aplatir l’ivresse de la langue par les mots. Sa prose invente un nouveau personnage, un soldat trop lâche pour être déserteur, trop passif pour aimer une prostituée, trop médiocre pour guérir ses patients. Le lecteur goûte à l'hérésie de Céline, la détestation du moderne, le refus de l’effort et de l’ambition pour rester perplexe face à la pourriture du monde.

Céline est le rieur cynique qui méprise son lecteur, il s’amuse grassement à le voir s’émerveiller du vulgaire et vomir le délicat. Loin d’être écrivain, il est chroniqueur. Grâce à l’agencement unique des mots, Céline est poête de l’abject, où l’aventure des plus merveilleuses s'abâtardit à la purulence d’une scène d'abattoir.

Ferdinand Bardamu lorgne les tranchées dans l'ineptie meurtrière de la Grande Guerre. “On est puceau de l’horreur comme on l’est de la volupté”. Il part pour l’Afrique. Il est le colon occidental qui purge mollement sa destinée. Pour lui, chaque chemin mène au même Enfer. Il s'enfuit aux États-Unis, pays des bordels et du Roi Dollar. Il retourne penaud dans la métropole souveraine, et devient médecin des pauvres. Jusqu’au bout de son voyage, il ne rencontre qu’un compagnon d’errance éternel, la misère d’une nuit sans matin.

Auteur: Thalia


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